L'éthique des conséquences, l'utilitarisme



"La morale est l’utilité ou principe du plus grand bonheur.", Stuart Mill


Qu'est-ce que l'utilitarisme ?


Il s’agit d’une doctrine éthique dérivée du conséquentialisme . Celui-ci se base sur les conséquences d’une action pour en évaluer la valeur éthique. Selon le point de vue utilitariste, toute décision doit être orientée de telle sorte à maximiser l’utilité générale en satisfaisant ainsi le bien-être du plus grand nombre, et en se basant sur l’aspect utile d’une action en n'en juger l'intérêt. L’utilitariste essaye de rationaliser sa décision.


Comment cela s'applique-t-il à notre situation ?


Imaginez qu’une grande entreprise soit en possession d'informations privées nécessaires au développement de son assistant vocal, mais que l’un de ses enregistrements témoigne d’une incivilité. D’un point de vue utilitariste, un employé informé de cette infraction doit-il, oui ou non, délivrer les informations ?


Du point de vue de l'employé , s’il divulgue les informations, il encourt différentes conséquences. Premièrement, il met en jeu son évolution au sein de l’entreprise, et cela de manière directe, car il risque de briser un secret professionnel, ce qui va engendrer une diminution de sa réputation et donc de ses perspectives d’évolution. Cela pourrait également provoquer son licenciement, des poursuites judiciaires ou d'autres suites à titre personnel. Ce n'est pas tout, il risque aussi son emploi de manière indirecte, la divulgation de ces informations privées va avoir un impact négatif sur la réputation de l’entreprise et sa pérennité. Cela met alors en jeu des possibilités d’emplois futurs pour l’entreprise, mais aussi les emplois actuels dont celui de l’employé et ceux de nombreux collègues. Nous pourrions même possiblement évoquer une faillite de l’entreprise. Cependant, la divulgation des informations permettrait à l’employé de soulager sa conscience et de réaliser un certain accomplissement. Le poids de ces conséquences dans la balance va s’accroître avec le nombre d’employés concernés.

Du point de vue de l'inculpé, la divulgation des preuves est péjorative si nous partons du principe que le camp de l'inculpé souhaite blâmer son innocence. De plus, il est à noter que celui-ci peut être innocent et que l’enregistrement vocal peut possiblement être frauduleux ou peut simplement prêter à interprétation. Mais cette preuve peut aussi potentiellement l’aider à se disculper, ce qui augmenterait l’utilité de la divulgation selon ce point de vue.

Du point de vue de la victime, la vision est tout autre. La divulgation des informations est utile à ce parti si la preuve est bien sûr entièrement exploitable à son avantage. Cette utilité qui reste encore à prouver peut varier en fonction des personnes concernées et des conséquences du procès. Effectivement, plus le nombre de victimes est important, plus l’utilité s'accroîtra et plus les fruits à tirer de la condamnation de l’inculpé sont grands, plus l’utilité pèsera dans la balance. Le dénouement d’un attentat qui toucherait des centaines de personnes aura une utilité nettement supérieure à celui d’une amende d’une cinquantaine d’euros pour un petit excès de vitesse ne faisant aucune victime.


L’équilibre de la balance va dépendre de différents paramètres. Nous avons ici évoqué de nombreuses pistes associées aux différents points de vue, mais cela n’est pas exhaustif, la gamme de conséquences étant très étendue, notamment au niveau du point de vue de l'inculpé et de la victime. Cependant, nous remarquons, qu’en général, l’utilité devrait pencher en faveur de la non-divulgation des informations, principalement lorsque le nombre d’employés concernés est élevé, celui des inculpés élevés, celui des victimes peu important ou que l’infraction est mineure.