L’éthique utilitariste évalue une action à partir de ses conséquences. Une décision est moralement juste si elle maximise le bonheur total, ou au minimum, si elle réduit la somme globale des souffrances . Dans ce cadre, il ne suffit pas de demander si une action respecte une règle abstraite : il faut comparer les effets réels ou probables des différentes options.
Dans le cas des véhicules autonomes, il est donc essentiel d'examiner les bénéfices attendus (moins d'accidents, moins de blessés, davantage de mobilité,...), mais aussi les risques (erreurs algorithmiques, dépendance technologique, surveillance accrue, ...). Le raisonnement morale se repose alors sur un calcul bénéfices/risques axé sur une probabilité d'occurence des événements en question.
L’utilitarisme juge une action selon ses conséquences, c’est-à-dire selon son impact sur le bonheur général. Il faut additionner les plaisirs, soustraire les souffrances et considérer tous les individus de manière impartiale.
Une action est moralement approuvée si elle augmente le bien-être global et réduit les dommages.
Tous les plaisirs et toutes les peines doivent être pris en compte sur un pied d'égalité, et non seulement ceux qui nous incombent. Le calcul moral ne doit pas privilégier les intérêts d'un individu, mais intégrer toutes les personnes affectées.
La décision morale demande une comparaison rationnelle entre bénéfices attendus et risques possibles. L'évaluation de cette décision doit aussi tenir compte de la probabilité d'occurence de ces bénéfices et ces risques.
Combien de personnes peuvent être sauvées ou mises en danger selon la décision prise ?
Les conséquences sont-elles légères, graves, irréversibles ?
Le risque est-il fréquent, rare, prévisible ou exceptionnel ?
Les conséquences concernent-elles seulement les passagers, ou aussi les piétons, les autres conducteurs, la société ?
Dans une perspective utilitariste, il ne s’agit pas seulement d’énumérer des actions techniques, mais d’évaluer chaque option selon son bilan global de conséquences. La meilleure décision est celle qui permet de maximiser le bien-être collectif et de réduire les souffrances.
| Situation / choix | Effets positifs attendus | Limites ou coûts moraux |
|---|---|---|
| Déployer la voiture autonome | Réduction probable du nombre total d’accidents, amélioration de la fluidité du trafic, mobilité accrue pour certaines personnes, baisse possible de la pollution. | Dépendance à la technologie, risques de bugs, cyberattaques, difficulté d’acceptation sociale, coût élevé pour certains usagers. |
| Maintenir uniquement la conduite humaine | Préservation du contrôle humain direct, responsabilité plus intuitive, maintien des habitudes sociales. | Plus grand nombre d’accidents liés à la fatigue, l’alcool, la distraction ou l’erreur humaine ; moindre optimisation du trafic. |
| Programmer l’évitement maximal de l’accident | Option la plus cohérente avec l’utilitarisme : prévenir l’accident avant qu’un dilemme n’apparaisse ; davantage de vies sauvées et moins de souffrances globales. | Cette stratégie n’élimine pas tous les cas extrêmes ; elle suppose des capteurs très fiables et une forte qualité de calcul. |
| En cas d’accident inévitable, minimiser le nombre de victimes | Réduction du dommage total ; cohérence avec l’idée de sauver le plus grand nombre et de maximiser le bien-être global. | Peut conduire à sacrifier certains individus ; soulève des objections d’injustice, de discrimination potentielle et de responsabilité morale. |
| Optimiser la conduite au quotidien | Réduction de la consommation d’énergie, temps de trajet potentiellement plus faible, trafic plus fluide, confort accru pour les usagers. | Les gains d’efficacité ne doivent pas prendre le pas sur la sécurité ou sur la protection des personnes les plus vulnérables. |
Une analyse utilitariste cohérente doit prendre en compte toutes les parties prenantes affectées par l’introduction de la voiture autonome. L’objectif est d’évaluer, pour chacune, les bénéfices et les coûts, afin de déterminer si la technologie augmente réellement le bien-être global.
| Partie prenante | Bénéfices (plaisirs / gains) | Coûts (souffrances / risques) |
|---|---|---|
| Usagers du véhicule |
• Diminution des accidents liés à l’erreur humaine • Confort accru (moins de stress, fatigue réduite) • Gain de temps et optimisation des trajets • Mobilité accrue (personnes âgées, handicapées) |
• Perte de contrôle direct • Dépendance à l’algorithme • Risques en cas de bug ou cyberattaque • Difficulté à accepter certaines décisions morales du système |
| Piétons et cyclistes |
• Réduction des accidents causés par l’erreur humaine • Meilleure prévisibilité du comportement des véhicules • Amélioration globale de la sécurité routière |
• Risque d’être désavantagé dans certains arbitrages algorithmiques • Vulnérabilité en cas de défaillance du système |
| Autres conducteurs humains |
• Conduite plus prévisible des véhicules autonomes • Réduction globale des accidents graves • Respect strict du code de la route |
• Difficultés de cohabitation avec des comportements humains imprévisibles • Risques liés aux décisions algorithmiques en situation d’urgence |
| Travailleurs du transport |
• Création de nouveaux emplois qualifiés (IA, maintenance, cybersécurité) • Transformation possible vers des métiers moins pénibles |
• Perte d’emplois (chauffeurs, taxis, routiers) • Nécessité de reconversion professionnelle • Insécurité économique pour certaines catégories |
| Constructeurs automobiles |
• Innovation technologique et avantage compétitif • Nouveaux marchés et croissance économique |
• Coûts élevés de développement • Responsabilité en cas de défaillance |
| Compagnies d’assurance |
• Diminution potentielle des sinistres • Meilleure prédiction des risques |
• Complexité de la responsabilité juridique • Difficulté à attribuer la faute (humain vs machine) |
| Autorités publiques et régulateurs |
• Amélioration de la sécurité routière • Réduction des coûts liés aux accidents |
• Nécessité de créer de nouveaux cadres juridiques |
| Collectivité / société |
• Moins de morts et de blessés • Meilleure fluidité du trafic • Gain global de bien-être collectif |
• Surveillance accrue (collecte de données) • Inégalités d’accès à la technologie |
| Environnement |
• Réduction de la consommation énergétique • Diminution de la pollution (conduite optimisée) • Moins de congestion urbaine |
• Impact écologique de la production technologique |
La réponse utilitariste tend à être favorable, à condition que l’on considère l’ensemble des effets de la technologie. En effet, les bénéfices potentiels concernent un grand nombre de personnes.
Cependant, les coûts négatifs ne disparaissent pas. Le risque étant que ces coûts soient concentrés sur certains groupes, tandis que les bénéfices profitent à la majorité.
En ce sens, l’utilitarisme constitue un cadre pertinent pour réfléchir aux voitures autonomes, car il invite à analyser leurs effets réels sur l’ensemble des personnes concernées. Il consiste à rechercher le plus grand bien possible pour le plus grand nombre, tout en veillant à ne pas négliger les souffrances que certaines personnes pourraient subir.